RZA

Vendredi 18 Avril 2005; 22h00. C'est dans une Cartonnerie flambant neuve que le fondateur de l'un des posses les plus vigoureux du Hip Hop mondial vient prêcher la bonne parole à des fans en manque de concerts rap depuis trop d'années. RZA live in Reims! Trop beau pour être vrai. Le frontman du Wu-Tang sera-t-il à la hauteur de nos espérances? La réponse ne se fait pas attendre, et heureusement, elle est plutôt positive. Après une 1ère partie assurée par Cilvaringz et Salah Eydin qui s'apparente plus à une pénible traversée des 36 chambres de la patience qu'à du bon rap, c'est Bobby Steels qui fait son entrée sur scène. Charismatique, énergique, s'égarant de temps en temps vers les rivages cheap de Bobby Digital pour repartir aussitôt vers les couplets vengeurs d'"Enter The Wu Tang" qui déchaînent les spectateurs, Robert Diggs est un MC talentueux. Une fois la prestation terminée, reste à passer le test de l'interview: ricain méprisant en terrain conquis ou émissaire Hip Hop consciencieux et affable? Encore une fois, verdict positif pour le gentleman de Shaolin. English version



HHC: Peux-tu nous parler plus en détail de ton premier groupe: All In Together Now, que tu avais créé avec GZA et ODB. Comment avez-vous atterri sur Tommy Boy et pourquoi n'avez-vous rien sorti sous ce nom?



RZA: All In Together Now n'a jamais été signé sur un label en fait. Tu vois, GZA, ODB et moi, on avait un crew qui s'appelait F.O.I. (Force Of the Imperial Master). On a fait un morceau qui s'appelait 'All In Together Now' et qui est devenu célèbre dans le circuit des tapes, de New York jusqu'à Miami. Une fois, Biz Markie, qui était connu, alors que je ne l'étais pas encore, m'a dit : "Yo, j'ai entendu ton morceau avec Ason Unique (ODB) et The Specialist (GZA)". Moi, c'était The Scientist. Mais on n'a jamais signé en tant que groupe à l'époque, en tout cas rien de sérieux sous ce nom.



HHC: Après la séparation de ce groupe et avant la création du Wu-Tang, tu as sorti, toujours chez Tommy Boy en 1991, un maxi intitulé 'Ooh We Love You Rakeem' en solo sous le pseudo Prince Rakeem. Peux-tu nous en parler un peu plus? Comment t'es venue cette opportunité?



RZA: On n'a jamais vraiment splitté vu qu'on est cousins, tu vois? On a toujours enregistré des tapes et des démos. GZA avait un pote qui s'appelait Melquan a.k.a. the Funky President Melquann. Il avait un groupe: Divine Force, avec Sir Ibu. Tu connais?



HHC: Egotrip a placé un de leurs morceaux sur leur compil, c'est ça? (ndlr: Egotrip est l'un des meilleurs magazines Hip Hop à avoir occupé les rayons d'un kiosque. Connu par une équipe éditoriale dotée de connaissances rapologiques abyssales et d'un humour potache des plus efficaces, le magazine cessera de paraître au terme d'une douzaine de numéros devenus cultes. En guise de chant du cygne, Egotrip sortira en 2000 "Egotrip's Big Book of Rap Lists", monstre de classements, allant des 10 meilleures façons d'arnaquer son adversaire aux dés selon Freddie Foxxx à la liste exhaustive des morceaux dont le titre comprend le mot "nigga". "Egotrip's Big Playback" sortira simultanément sur Rawkus et regroupera 12 titres datant de la fin des 80's, tous plus difficiles à trouver qu'une bonne rime de P. Diddy (dont le principal taf à l'époque où ils sont sortis était de préparer le café dans les bureaux d'Uptown Records).)



RZA: Oui, c'est eux. C'est le morceau qui fait (il chantonne) "It get busy…". Ghostface l'a repris en partie sur "Supreme Clientele", dans le morceau 'Mighty Healthy'. Quand Ghost a repris le morceau, Sir Ibu, qui est mon pote, est venu me voir et m'a dit ; "Yo, je veux de l'argent pour ça !". Je lui ai donné 2500$. L'enculé (rires) ! Mais bon, ça reste mon pote.

Bref, à l'époque, Melquan faisait son trou dans l'underground. Je sais pas si tu te souviens du morceau de Just Ice 'Going Way Back'; à la fin il fait une dédicace : "By the way I say peace to my brother Melquan…". Et le père de Melquan possédait son label, Jamaica Records. Il nous a signé, moi et GZA, sur son label pour nous manager. C'est comme ça que Melquan m'a décroché un contrat chez Tommy Boy pour un single et une option pour un album, et la même chose pour GZA chez Cold Chillin'. L'option pour l'album de GZA a pris forme avec "Words From The Genius" et j'ai sorti mon single 'Ooh We Love You Rakeem', mais Tommy Boy ne m'a pas gardé parce que je suis allé en prison.



HHC: Dans un grand nombre de tes morceaux, tu reviens systématiquement sur cette période, ce Golden Age, tu en parles avec une certaine nostalgie. C'est le propos d'un morceau comme 'Can It Be All So Simple', dans l'intro, tu dis même : "87 that's my favourite shit !". Est-ce que tu considères que le Hip Hop d'autrefois était meilleur que celui d'aujourd'hui?



RZA: En tout cas, le Hip Hop était plus rare. Meilleur, je sais pas… parce qu'il y a toujours une évolution dans les goûts : le G3 devient G4 qui évolue en G5… Mais tu te dois de respecter les premiers Commodore de chez Apple, ainsi que les premiers jeux Tomy, parce qu'ils faisaient des jeux vidéo bien avant l'arrivée des Playstation et des Nintendo.

C'est simple, à l'époque où j'ai commencé à rapper, tu devais avoir entre 500 et 1000 rappeurs dans le monde. Aujourd'hui, tu en as 1 million. Je le voyais à travers mes voyages, en allant rendre visite à mes cousins, en Virginie, en Caroline du Nord. A l'époque, personne n'avait entendu parler du rap. Quand tu te mettais à rapper, les gens étaient là : "Wooowww!". Aujourd'hui, tous mes cousins rappent. Tous! C'est la nouvelle génération. Moi, je viens d'un temps où les Samouraïs étaient moins nombreux, où le rap n'était pas encore un grand business…



HHC: Penses-tu que le mouvement était plus créatif à l'époque?



RZA: Je ne sais pas. Car qu'est-ce qui vient après la connaissance? La sagesse. Et après la sagesse? La compréhension. Donc je ne pense pas que c'était mieux parce que maintenant le hip-hop est global. Les choses évoluent. C'est de cette façon qu'on se retrouve là à parler ensemble. Par exemple, (à Phara) quel âge as-tu?



Phara : 20 ans.



RZA: 20 ans: ça veut dire que tu es né en 1984. Comme je te le disais, à l'époque tu avais peut-être 500 rappeurs. Aujourd'hui, c'est 1 million. Je ne pourrais pas te dire si c'est mieux ou moins bien. Une chose est sûre: l'industrie ne contrôlait pas encore le Hip Hop. Ce contrôle, elle ne l'a acquis qu'au cours des 5 dernières années. Et s'il y a un problème dans le Hip Hop, c'est bien celui-là: des gens qui contrôlent le Hip Hop mais qui n'en écoutent pas, qui s'en battent complètement. Tout ce qu'ils voient, c'est des dollars, et ils exploitent le filon autant qu'ils le peuvent. C'est le vrai problème.





HHC: Dans ton "Wu-Tang Manual", tu révèles qu'aux débuts du groupe, tu avais élaboré une sorte de plan quinquennal qui ressemblait par certains aspects à une dictature. Peux-tu nous expliquer comment tu as conçu ce plan et nous dire si tu as atteint tes objectifs?



RZA: En 1992, j'ai fondé Wu-Tang Productions, et jusqu'en 1997, tout s'est déroulé suivant mon plan. J'avais dit à tout le monde : "Yo, faites-moi confiance! On va être n°1!". Et qu'est-ce qui s'est passé? Au bout des 5 ans, on était n°1. Il n'y avait personne d'autre. J'avais un vrai plan, j'ai eu une vision, je l'ai suivie et ça a fonctionné: on a porté le Hip Hop à un niveau encore inconnu. C'était ma responsabilité, mon plan, et je l'ai accompli. Je leur avais promis quelque chose et j'ai tenu parole…

Après 1997, je n'avais plus de plan, c'était un peu "chacun fait ce qu'il veut". En 1997, je n'oublierai pas ce jour, on était en tournée avec Rage Against The Machine. On était dans le bus, et certains négros devenaient de plus en plus paresseux, d'autres ne daignaient même plus se montrer aux concerts. Je leur ai dit : "J'ai fait ma part de boulot. A partir de maintenant, vous vous démerdez, putain ! Regardez ce que vous avez fait de la Wu Mansion: vous l'avez transformée en putain de night club ! La Wu Mansion, c'est ma baraque. A partir de maintenant, si quelqu'un veut y faire une soirée, je dois être au courant". Et ils ont respecté ça. C'était la même chose qu'avec Mike Tyson: ils avaient arrêté de s'entraîner. Fuck that ! Faut jamais arrêter de s'entraîner, sauf si t'es heureux et que tu veux en rester là. Mais si tu veux aller plus loin, il faut continuer encore et encore. Récemment, j'ai élaboré un nouveau plan, qui me concerne essentiellement. Enfin, moi et ceux qui voudront s'y associer. Tout ce que j'ai fait, c'est leur promettre de les amener là où ils en sont. Tout le reste, ça dépend d'eux. Pour ça, Method Man est un bon exemple: il s'est tourné vers les films et il a décroché la lune. A côté de ça, certains ont moins bien réussi : c'est comme ça que Cappadonna s'est retrouvé à conduire un taxi.



HHC: Non! Il est encore chauffeur de taxi?



RZA: Disons qu'il fait une paire de concerts par-ci par-là avec nous, mais pour le reste il fait toujours son biz. Quoiqu'il en soit, c'est toujours mon gars.





HHC: Il y a un projet que tes fans attendent depuis son annonce en 1998: "The Cure". Il a été annoncé maintes et maintes fois sans jamais voir le jour. Est ce qu'on peut espérer l'entendre dans un avenir proche? Comme le laisse suggérer la mixtape "Formula For The Cure".



RZA: En fait, c'est un de mes homeboys, Dreddy Kruger, qui a sorti cette mixtape. Dreddy roule avec nous depuis 89. Au départ il était danseur pour GZA. "He's a real nigga" (ndlr: mime une silhouette à la Freddie Foxxx) et il a commencé à vendre des CD-R's aux fans sans me consulter avant. Il croit en moi, en ce que je dis, mais le problème, c'est qu'il a sorti cette tape sans me le dire. On a failli se battre à cause de ça. Je lui ai dis: "The Formula For The Cure ? C'est quoi ça?!”. Il me répond : "Yo, tu dois sortir The Cure !", "Va te faire foutre ! Va pas sortir un truc sous mon nom sans m'en parler avant", (fait une petite voix apeurée) "Yo God, blah blah blah…" (rires). Je suis quelqu'un qui tient parole : j'ai annoncé un album qui s'appellerait "The Cure". Je l'ai écrit il y a 4-5 ans, peut-être plus, j'ai quasiment tout enregistré. Tu peux me faire confiance, c'est un album que tu pourras écouter mais qui te profitera encore plus si tu en recopies les paroles.



HHC: Est-ce que justement tu ne penses pas que ce sont toutes ces annonces d'albums sans cesse repoussés ou annulés qui ont petit à petit essoufflé la passion des gens pour le Wu?



RZA: Peut-être, j'en sais rien. Tu sais, les fans ressemblent parfois à certaines filles: ils se tournent vers celui qui est le plus branché, celui qui a la plus grosse queue, qui a le plus d'argent, qui est à la mode… Et il y en a d'autres, les vrais, qui sont loyaux et t'aiment pour ce que tu es. Certains aiment le Hip Hop, d'autres ne l'aimaient pas avant de découvrir le Wu ; ils ne connaissaient pas les légendes qui nous ont précédé et c'est dommage. Mais on a contribué à leurs faire découvrir ces gars. A mon sens, "beaucoup viendront en masse mais peu seront élus". Je sais juste une chose : tout ce que mes frères et moi crachons dans le micro est valable de façon permanente. Si tu es malin, tu captes tout de suite, sinon tu comprends 2-3 ans plus tard.

Quand les tours se sont écroulées à Manhattan, les gens ont joué les surpris alors qu'on les avait prévenus depuis longtemps. Tous. Prends Sunz of Man, Killarmy: "Silent Weapons For Quiet Wars". Franchement, un album qui s'appelle "Silent Weapons For Quiet Wars"… C'est ce qui se passe partout dans le monde, fils. Les fauteurs de trouble bougent en silence mais le monde continue de tourner. Les gens meurrent, les gens perdent… Il y a le sida… Bref, je pourrais continuer comme ça pendant longtemps mais je n'en ai pas envie.

Dans la Bible, il est dit que lorsque l'homme sage est exposé à la sagesse, il agit en conséquence. L'imbécile, quant à lui continuera dans sa folie. Si tu veux faire partie des imbéciles, vas-y, ce n'est pas mon problème. Dans l'évangile selon St Luc, chapitre XII, verset 47, il est dit : "Le serviteur qui, ayant connu la volonté de son maître, n'a rien préparé et n'a pas agi selon sa volonté, sera battu d'un grand nombre de coups". Ca veut dire que celui qui savait ce qui allait se passer mais n'a rien fait ou n'en avait rien à fouttre sera puni. Et le verset suivant dit: "Mais celui qui, ne l'ayant pas connue, a fait des choses dignes de châtiment, sera battu de peu de coups. On demandera beaucoup à qui l'on a beaucoup donné, et on exigera davantage de celui à qui l'on a beaucoup confié". Voilà pourquoi tout ce que je dis, tout ce que je ressens, je le donne aux autres, je le dis haut et fort. Si tu sais quelque chose que tu ne dis pas, c'est ton problème.



HHC: Tout le monde connaît ton amour pour la musique soul, surtout la soul du Sud. Tu as sélectionné avec Keb Darge les titres d'une compilation Funk (ndlr: "Kings Of Funk", sorti sur BBE). Est-ce que tu aimes le Funk autant que la Soul?



RZA: Les samples de Soul que j'utilise sont devenus plus célèbres que d'autres samples que j'ai utilisé mais j'adore tous les genres de musique: j'aime le Funk, j'adore le Reggae, j'adore le Jazz. Un jour, Quincy Jones m'a dit : "RZA, tu es bon, mais tu devrais un peu étudier le Jazz" (rires). Il m'a donné un livre pour que je m'y mette. Quentin Tarantino m'a dit la même chose : "Il faut que tu te mettes aux bandes originales de westerns spaghetti". Il m'a filé des tonnes de B.O. J'aime toutes ces musiques et je les étudie autant que je peux, de Leonard Bernstein à Henri Mancini en passant par James Brown, pas de problème. Si c'est bon, ça l'est quel que soit le genre. C'est la même chose chez vous, non? Vous avez différentes marques de champagne, et elles sont toutes capables de te fonce-dé, pas vrai? (rires).

Pour revenir à cette compil, tu as vu le show ce soir; tu te souviens de la partie guitare sur un des interludes? C'est un morceau de Jimmy Ponder qui va se retrouver sur la compil (ndlr: 'While My Guitar', reprise du 'While My Guitar Gently Weeps' des Beatles). Cette compil n'est pas seulement une compil de Deep Funk de plus, c'est à la croisée de la Soul et du Funk. Il y a des morceaux terribles dessus; n'importe quel DJ ou producteur peut l'acheter et kiffer les morceaux qui sont dessus.



HHC: Parles nous de ta collection de disques, tu continues toujours à creuser les bacs?



RZA: A fond. J'ai des caisses entières de disques que je n'ai pas eu le temps d'ouvrir. J'achète des disques dans tous les pays. En Italie j'ai acheté pour 10.000$ quand je bossais sur "The World According To RZA". J'ai ouvert une caisse sur les 8 que j'ai achetées. Et je me suis servi de disques de cette caisse sur "Iron Flag" et sur "The World According To RZA".

J'adore le vinyl pour sa profondeur, sa chaleur ; c'est ce qu'il y a de mieux pour sampler. Le CD est sympa à transporter… Et puis tu as tous ces sites Internet où tu ne sais plus où donner de la tête.





HHC: Deux compilations intitulées "Shaolin Soul" faites par un français sont sorties ces dernières années dans le commerce. Elles regroupent les morceaux originaux que tu as samplé pour les albums du Wu-Tang et pour les projets solo annexes. Fais tu parti des producteurs qui préfèrent garder secrets les morceaux qu'ils ont samplé ou trouves-tu que c'est une bonne initiative et que ça peut faire découvrir aux gens des grands classiques de la Soul Music?



RZA: Je pense que c'est positif, c'est une bénédiction pour les artistes. Prends Syl Johnson: tu sais que je l'ai pas mal samplé, non? Tu sais qui est sa fille?



HHC: Euh…non.



RZA: Syleena Johnson! Avec qui Syleena Johnson chante-t-elle? Kanye West! Elle se fait de la thune! Syl m'appelait tout le temps en me disant : "RZA, je dois te présenter ma fille". La première apparition de Syleena, c'était sur le troisième album de GZA, "Beneath The Surface". Elle a posé dessus et a fait un super boulot, mais on ne l'a pas signée. Aujourd'hui elle se fait beaucoup d'argent en chantant sur l'album de Kanye.

Quand j'ai samplé Syl, il m'a appelé pour me remercier. Je lui ai dit: "Yo, je vais utiliser 10 autres de tes chansons dans les 5 années à venir. Je vais te filer 100.000$ tout de suite". Il a fait "What?!" (rires). Je l'ai payé, j'ai fait les morceaux, résultat: il est de retour dans les affaires et à l'heure actuelle il doit se faire 1 million $ par an. Donc c'est une bénédiction d'aider les frères à se remettre en selle. Tu en as tellement qui se font arnaquer, voler…

Mais quand les 2 compilations sont sorties sans mon consentement au départ. Le mec de chez Delabel, Emmanuel, m'a appelé, mais seulement après en avoir vendu 300.000, tu vois ce que je veux dire (rires). Il m'a appelé : "Bon, ben tu vois, en fait…" (rires). Mais c'est en vendant autant de copies qu'on a produit "The World According To RZA" ; il m'a filé 1.000.000$ pour faire l'album. Je suis allé en France, en Allemagne, etc… et cet argent a servi à payer d'autres gens pour réaliser l'album. Donc tout va bien; comme je le dis dans un morceau "grâce à une idée, on a nourri des centaines de familles".





HHC: Au niveau de la production est-ce que tu te sens limité, étant donné les tarifs des samples à l'heure actuelle? Raekwon disait qu'il adorait travailler avec toi mais que c'était un véritable calvaire pour les maisons de disques.



RZA: Merde, je sais pas (rires). De toute façon, je ne sample plus vraiment. Je n'ai pas besoin de ça pour qu'on sente ma vibe. Heureusement pour moi, j'ai appris à jouer du piano, de la guitare et je savais déjà jouer de la batterie. Je peux donc faire des trucs que tu ne trouveras nulle part sauf chez moi (rires). J'ai fait 2 morceaux pour la B.O. de "Danny The Dog" et sur l'un des deux qui s'appelle 'Baby Boy', tu peux m'entendre jouer du piano et c'est moi qui ai orchestré les cordes. C'est un morceau Soul mais qui sonne aussi comme un opéra. Maintenant je peux sampler et jouer en même temps. Mais bon, en matière de samples, j'ai encore un tas de trucs qui font dire : "Oh merde ! Où est-ce qu'il est allé chercher ça ?" .

J'ai un négro qui s'appelle Ramsey Jones, c'est le frère d'ODB. R.I.P ODB. Sur "Iron Flag" il y a un morceau qui s'appelle 'Babies', c'est lui qui joue la musique de ce morceau. Sur "Birth Of A Prince", (il chantonne) "See the joy…", c'est lui aussi, avec son groupe. Sur l'album d'ODB qui va sortir, il y a un morceau qui s'appelle 'Back In The Air' avec Ghostface. On dirait un sample alors qu'une fois de plus c'est Ramsey qui joue. Sur 'Maxine', de Ghost, c'est un musicien qui joue, donc comme je te le disais, on n'a plus vraiment besoin de sampler. Si j'ai une idée en tête, tout ce que j'ai besoin de faire c'est (il imite le son d'une guitare électrique): "Wakah wakah wah…", quelqu'un me le rejoue, et voilà. Mais si tu veux un sample, j'ai les samples les plus hot qui soient. Tout ce qu'il te faut, c'est 20.000 ou 30.000$ (rires).



HHC: Tu as utilisé de nombreux alias tout au long de ta carrière. Qu'est-ce qui te plaît tant dans l'idée de pouvoir changer d'identité? Est-ce que ça affecte ta façon d'écrire ou de produire? Par exemple, est-ce que tu te dis parfois: "Je suis dans une vibe Bobby Digital, je vais produire un morceau à sa manière ?".



RZA: Oui. Désolé, je ne veux pas me balancer des fleurs, mais je suis quelqu'un qui lit et étudie tout le temps. J'ai un peu picolé, donc ne me prenez pas trop au sérieux, mais Allah a plusieurs noms, dont un qu'on ne connaît pas. Chaque nom met en avant une de ses caractéristiques: le miséricordieux, l'omniscient, le bienveillant… Mes noms ont la même fonction : ils mettent en avant mes différentes personnalités: Prince Rakeem, Bobby Digital, Bobby Steels, RZA… Ce sont différents aspects de ma personnalité. C'est pareil pour toi: tu ne te comportes pas de la même façon devant ta mère, ta copine, ta belle-mère, tes amis, ton patron… Je suis capable de reconnaître chacune de ces putains de facettes et de leur attribuer un nom. Si tu es un sage, tu dois être capable d'identifier chaque facette de ta personnalité, de la nommer et de l'utiliser au meilleur moment pour le meilleur résultat. Ce soir tu m'as entendu me présenter en tant que Bobby. Mais je ne suis pas que Bobby. Je suis aussi the RZA, nigga what ! Peace ! Wu-Tang !



Propos recueillis par Phara & DJ Poom
Et traduits par DJ Poom
Questions de Phara, DJ Poom, Finesse et Bachir
Photos du collectif mARGe noire
Mai 2005

PS: Merci à Rodolphe et Magali de La Cartonnerie. Ainsi qu'au collectif mARGe noire pour leurs photos.

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