Insight

Désigné meilleur nouvel artiste rap en 2001 par les Nemo Awards bostoniens, Insight ne tarde pas à sortir l'année suivante un double album ambitieux. "Updated Software V 2.5 "contient une partie audio et une autre multimédia ce qui fait toute l'originalité du disque entièrement produit et réalisé par ses soins. Insight va beaucoup faire parler de lui avec ses prises de risques au niveau de ses productions que beaucoup qualifieront de "crades" avec des basses et des aigus accentuées et des mediums inexistants. Ce soit-disant défaut est finalement un atout pour lui car beaucoup d'artistes plus ou moins connus comme Mr Lif ou KRS-One font appel à ses qualités en tant que producteur. Fusionnant le beatmaking, le deejaying et l'écrit, Insight reste un artiste hors-pair et complet avec une connaissance approfondie du hip hop. En 2003, il revient sur le devant de la scène underground armé d'une horde de projets avec ses ambitions, les intérêts qui porte au hip hop et tout ce qui peut expliquer ce qui l'a tant attaché à cette musique. Il nous en parle…

Hip Hop Core : Salut Insight ! Pourrais-je avoir une petite présentation pour ceux qui ne te connaîtraient pas assez?



Insight : Bien, tout d'abord mon nom est Insight comme tu peux le voir, et j'ai été plongé dans la musique depuis que j'ai appris à parler (rires). Mon père faisait du calypso et jouait entre autre du piano, de la basse ainsi que de la percussion. Pour ce qui est de ma mère, elle voulait que je devienne ingénieur ou architecte. Elle même était scientifique et très militante. Je sais que mon père ne comprenait pas vraiment ce que signifiait le hip hop mais il n'a jamais tenu de propos négatif à son égard.



HHC : Tu as des frères et sœurs ?



I : J'ai deux frères et deux sœurs. L'une de mes sœurs chante et écrit. Elle vient juste de publier un livre. Elle m'impressionne beaucoup car à seulement 24 ans elle enseigne déjà dans une université et donne des cours en amphithéâtre.
L'un de mes frère touche au hip hop et fait du piano aussi bien que ma sœur et moi. Nous n'avons pas eu la même éducation que tout le monde et elle est entièrement axée sur la musique. Ainsi nous avons pu nous exprimer à travers celle ci et retranscrire nos émotions grâce à elle. Nous avions quelques autres passe-temps aussi…



HHC : Quoi comme autre passe-temps ?



I : D'autres passe-temps comme le dessin et la peinture, j'adorais faire ça et c'était vraiment ma passion à l'époque. J'essayais de faire des bandes dessinées dans le style de Marvel mais après je me suis plus mis à peindre… Ca me prenait la tête et je me suis dis : "Fuck Marvel" (rire).



HHC : Quel est ton personnage de Marvel préféré ?



I : Hmm… J'aime bien Magneto, ce gars là peut manipuler le métal…



HHC : Es-tu allé voir X-Men II récemment ?



I : Oui, ça tue !!



HHC : Tu es déjà venu plusieurs fois en France. Ca doit être très différent des USA. Quel est ton point de vue sur ces deux mentalités à parts ?



I : C'est plus tranquille par chez vous… Enfin, sauf pour Paris qui est aussi agité que New York. Je pense que l'Europe en général a un esprit beaucoup plus artistique que les Etats-Unis. Aussi, la première chose que j'ai remarqué en venant ici ce sont les voitures que l'on peut mettre dans sa poche tellement elles sont petites (rire).



HHC : Tu es producteur/rappeur/deejay. Pourquoi as-tu décidé de toucher à tout comme tu le fait présentement plutôt que de te concentrer sur une seule et unique discipline ? Et, maintenant que tu les maîtrises toutes, n'y a t-il pas quelque chose que tu préfères ?



I : En fait je préfère avoir du monde à mes côtés qui maîtrise aussi bien que moi et ça m'évite de tout faire. Mais les bonnes aides sont dures à trouver ou coûtent très chers. Je veux simplement faire ce que je veux avec le peu de moyen financier que j'ai. Ma mère m'a appris à donner le meilleur de moi même avec ce que je possède et ça signifie que je peux réaliser un projet dans un studio pas très équipé à l'inverse d'un studio à gros budget et performant techniquement sans pour autant que je réussisse à finir mon truc.



HHC : Penses-tu te concentrer sur ta carrière solo ou bien produire pour un tas d'artistes différents ?



I : Les deux. Je prend beaucoup de plaisir à composer mes sons car j'ai ma propre vision de comment les choses doivent retentir et chaque projet que j'interprète ont tous leur originalité.



HHC : Quel est ton producteur préféré ?



I : J'ai commencé par aimer Mark The 45 King puis Marley Marl, Large Pro, Diamond D, Primo… Mais, cependant, mon préféré et celui qui m'a donné goût au beatmaking reste Rocco Cee. Il est originaire de Lynn, Massachussets.



HHC : Que penses-tu maintenant du "Updated Software V 2.5" que tu as enregistré pendant presque un an ?



I : Je pense toujours que cet album est un véritable accomplissement réalisé chez moi, dans mon appartement, sans l'aide de personne.



HHC : 2003 est une année très productive pour toi avec les sorties de "Maysun Project" (incluant des collaborations avec Mr Lif, Dagha, Endangered Species, Mike L et KRS-One), le premier album de ton groupe Electric Company ainsi qu'un album acoustique. Comment se fait il que tu réalises autant de projets en aussi peu de temps ?



I : Tout simplement parce que ça vient comme ça. Ce que je fais sera toujours plus qu'une vulgaire daube mainstream qui envahit constamment tes bacs. Ce n'est pas quelque chose de combiné par un groupe de responsables d'une quelconque major empressée d'amasser les billets qui vont tomber. Cependant je dois aussi rester productif car c'est mon métier et j'en vis.



HHC : En passant, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur Electric Company, ses membres etc... ?



I : Le groupe est composé d'Insight, Dagha, Mo, Anonymous, Raheem et DJ Real. J'ai aussi ma propre équipe de production appelé Martian Gang pour Spilled Acid Productions.



HHC : Il n'y aura aucun bonus interactif sur tes futures sorties ?



I : Disons que ça pourrait rendre le contenu plus attractif mais, à cause des dates de sorties à respecter, c'est risqué. Je déteste que l'on me pousse comme ça mais on est obligé de travailler avec.



HHC : Tu travailles aussi sur ton prochain album. Quelle sera la différence avec le précédent ? Qui seront les invités ? Penses-tu collaborer avec d'autres producteurs ou bien toujours rester seul aux manettes ?



I : Non… J'ai un principe mec. Je n'aime pas les fausses collaborations arrangées de toute pièce pour que ça sonne commercial comme lorsque les deux concernés font une chanson alors qu'ils ne se connaissent pas du tout. Moi, je veux des personnes avec qui t'as traîné et qui savent d'où tu viens. Qui ne sont pas simplement là pour faire un truc en studio et se casser juste après. Je me fiche de combien de temps cela peut prendre ou du nombre de zéros qu'ils peuvent afficher sur mon compte en banque.



HHC : Peux-tu nous donner ton opinion sur la situation délicate, avec la guerre entre autre, dans laquelle se trouvait le monde il y a peu ? Pour la majeure partie, "Maysun Project "traite de ces problèmes…



I : Cette situation était juste une rétrospective. Nous n'avons jamais appris à partager l'espace terrestre et l'humanité est possessive au même titre que les animaux. Nous voulons plus de puissance et de contrôle. La possession de territoire démontre la puissance et l'on pourrait presque comparer la situation présente à celle de l'empire romain. Une chose est sûre : toutes les Arcadie s'effondrent un jour ou l'autre. J'adore étudier la sociologie; ça me met dans mon meilleur état d'esprit.



HHC : Tu as l'air d'avoir de très bonnes relations avec KRS-One et tu participes à son prochain album "Kristyles". Que penses-tu de cet emblème de notre musique ?



I : Je l'ai connu à travers Inebriated Rhythms et Grit Records. Nous avons été ensemble en studio trois ou quatre fois. On se doit de le respecter ! Quand tu le vois en live, tu comprends ce qu'est un vrai emcee. C'est vraiment spectaculaire, il est capable de reprendre des titres de tout ses albums ou bien de rejouer des morceaux connus et aimés de tous. Il sait être vieille école et moderne à la fois.



HHC : Large professor, t'en dis quoi ?



I : Je l'ai branché avec Inebriated Rhythms pour faire un single avec lui. On a aussi fait un show à Londres et j'ai adoré l'avoir sur le projet.



HHC : Mr. Lif ?



I : Un vieux pote. On a fait un gros bout de chemin ensemble mais maintenant nous continuons sur des terrains différents.



HHC : Edo G ?



I : Je me rappelle quand j'avais l'habitude d'aller en Californie à l'époque. J'avais du l'entendre sur la radio et je m'étais dit : "Merde, ce mec habite deux immeubles à côté de chez moi !". C'est la première fois que j'ai réalisé combien le monde était petit… Il venait de ma ville et était dans l'industrie du hip hop !



HHC : Akrobatik ?



I : Je vois que tu cites pas mal de monde d'ici… Beaucoup de monde pense que c'est une grande famille et ça n'est pas faux. Tout le monde se connaît car nous faisons la même chose. Akrobatik fait du hip hop depuis un bon moment comme presque tous ici. Il connaissait bien Lif aussi et passait souvent chez moi avec T-Ruckus et Ripshop. On avait même formé un groupe appelé Knights of the Round tous ensemble. Je me rappelle: j'organisais des petits concours de freestyles chez moi et il devait y avoir pas loin de vingt lascars à s'allumer mais quelques-uns étaient nases. Ca n'empêche que tout le monde pouvait freestyler. J'avais des sons de fou et un single d'enregistré. Je devais avoir deux LP's sur cassette, c'était bon. Je rappais dans la rue Harborview avec mon pote Dagha que je ne peux oublier. C'est avec nous que tout a débuté. Je me rappelle de TDS Mob, le Northside Posse, Natives in Black, tout ça… J'allais provoquer tout le monde en battles et beaucoup ne pouvait pas me voir. Certains que j'ai dissé il y a longtemps m'en veulent encore même s'ils ne rappent plus. La compétition était continuellement présente. Après, comme les battles devenaient sans intérêt, j'ai décidé de me mettre à produire quelques sons toujours en gardant un œil sur elles et c'est pour ça que j'ai pris le pseudo d'Insight (perspicacité). Pour revenir à Ak, il vivait à Dorchester et a débuté en tant que Stud B. T-Ruckus et Ripshop sont eux aussi originaires de là bas. Ils étaient tranquilles. Dagha et moi étions en perpétuelle mouvance et on a participé au premier concert annuel de hip hop au Roxbury Community College. C'était vraiment fort, même si quelques uns ont oublié les services que je leur ai rendu. Ce groupe dont je tairais le nom et qui était l'un des plus prometteur… Je leur avait même arrangé un deal avec Jive mais aucun geste de leur part n'est venu en retour. J'attend toujours un remerciement mais ça ne m'empêche pas de vivre et de faire ce qu'il me plait.



HHC : Et à propos de Nas ?



I : Un super emcee ! Le type est doué même si parfois il peut faire de gros tubes commerciaux… mais ça c'est lui seul que ça regarde. Il change de style et j'aime ça car moi même je suis comme ça. Des mecs diront qu'ils sont éclectiques dans leur façon de rapper alors que c'est tout le contraire. Lui l'est et il ne l'ouvre pas à tout bout de champ pour autant.



HHC : Et Kohndo ?



I : Je reconnais vite son flow en dehors du fait qu'il rappe en français. Je lui ai toujours dit qu'il était l'un de mes emcees français préférés et puis j'adore sa personnalité. On a bien traîné quand j'étais en France. Il m'a fait visiter Paris en parlant des gens qui écoutent de la musique sans vraiment comprendre la langue et les paroles et je trouve ça dommage. J'ai réalisé que pas mal de rappeurs réagissaient de la sorte en se souciant peu de ce qu'ils racontent dans leurs textes. Kohndo à la même vision que moi sur ce sujet. Il ne faut pas prendre les rimes à la légère, c'est la base même d'un bon rappeur.



HHC : Il y a d'autres rappeurs français que tu connais ?



I : J'ai entendu La Caution et La Cliqua. Il y a des deejays pas mal aussi comme Dee Nasty. La première fois que je suis venu je me rappelle avoir fait des beats avec DJ Manifest…



HHC : Présentement, beaucoup pensent que le rap français stagne un peu. Tu penses que c'est la même chose aux USA ?



I : Ouais, la même… Y'en a qui savent pas comment attirer l'œil alors ils font du "garbage rap" (rap de poubelle). Les rappeurs mainstream ne peuvent pas faire de concerts mec ! Ils ont déjà le budget pour faire un gros spectacle et n'ont plus qu'à assurer en rimant deux trois trucs sur scène. Là n'est pas l'authentique talent. Le talent, c'est avant tout les compétences du rappeur. Il a beau être populaire c'est pas pour ça qu'il sera talentueux, tu piges ? Et peu importe l'impact que ton artiste favori aura sur un petit indépendant. C'est pour ça que je travaille dur, car au lieu de te soutenir les gens préféreront supporter un gars issu d'une major avec une grosse promo à l'appui. Et c'est pour cela que les faux rappeurs mainstream vendent autant de disques. C'est malheureux car les gens achètent leurs disques sans réaliser à quel point ils sont mauvais.



HHC : Justement, on voit beaucoup de clowns comme Nelly transformer notre culture en un véritable cirque pour enfant. En tant que défenseur authentique de cette forme d'art, tu dois être offensé par cela ?



I : Nous le sommes bien sûr… Mais je me rappelle quand j'étais au lycée c'était pareil. Il y avait des groupes que l'on respectait énormément comme Tribe et Brand Nubian et pendant ce temps là d'autres prostituaient le rap. Des vermines comme Vanilla Ice, Father MC et MC Hammer qui vendaient par derrière. Ils s'en faisaient de la thune ! Les gens ne se souviennent pas de ça et c'est exactement ce qui se reproduit maintenant. Toute cette pop-hop sera très vite oublié. La façon dont ils se font du flouse pue à plein nez. C'est pour ça que j'ai choisi cette voie. La voie de l'indépendance est beaucoup plus équilibrée. L'argent qu'on gagne facilement est souvent sale et quand tu travailles dur tu as beaucoup plus de mérite pour ce que tu gagnes. On te respecte et c'est d'ailleurs pour ça que je respecte le hip hop parce que tout ça c'est grâce à lui.



HHC : Pour terminer, maintenant que tu as une bonne expérience dans le milieu du hip hop, quels seraient tes conseils avisés pour un jeune emcee ou deejay voulant se lancer dans cette musique et rester loin de ces clichés ?



I : Tout le monde te déteste avant de t'aimer. Tu dois aller dans ta propre direction et être patient. Les choses ne seront jamais parfaites car la perfection n'est jamais atteinte et surtout prend bien en compte les critiques objectives que l'on te fera. Ignore les mauvaises car c'est une industrie remplie de jaloux, d'envieux et d'assoiffés d'argent. Un autre conseil important : fais ça pour t'amuser !!



HHC : Bien, merci beaucoup pour cette interview Insight. Un dernier mot pour l'équipe et les lecteurs d'hiphopcore.net ?



I : -FIN-



Propos recueillis par Rikem
Et traduits par Cobalt
Juillet 2003

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