
Awol One
Self Titled
Si les Shapeshifters sont devenus des acteurs incontournables du Hip-Hop underground actuel, c’est certainement grâce à la suractivité et la régularité de l’un de leurs leaders, Awol One. Personnage unique dans la fourmilière Westcoast Underground (dont s’échappe régulièrement de nouveaux canonniers), Tony Martin est une institution. Après “Evil Cow Burger”, “Four Eyed Mortalz”, “Souldoubt”, “Rebirth”, “Speakerface”, “Propaganda”, “Number 3 on the Phone”, “Slanguage” et quelques centaines de couplets éparpillés, Awolrus honore son nouveau deal avec Paladin Records (enfin un “vrai” label !) pour déposer un premier album éponyme. Après avoir accompagné Daddy Kev dans une escapade free-jazz peu concluante, il nous revient avec un véritable album de rap californien. Mais, alors que sur la plupart de ses opus solos, le bonhomme s’était associé à un beatmaker unique (Daddy Kev, Fat Jack, Mike Nardone…), Awol a cette fois-ci mobilisé une bonne dizaine de metteurs en son (Transducer, Evidence, Kutmaster Kut, Omid…), comme pour distinguer ce neuvième exercice solo des albums précédents. Mais, fort heureusement, ce choix ne nuit en rien à la qualité de ce nouvel album. Après l’écueil de “Slanguage”, nous n’étions pas certain de retrouver un jour dans les bacs à disques une oeuvre d’Awol One à la hauteur des classiques susmentionnés. C’est désormais chose faite avec ce “Self Titled”. On croirait presque découvrir des chutes du génial “Number 3 on the Phone” et ce n’est pas pour nous déplaire. De l’imparable ‘Antisocial’, au refrain chanté et à la production de DJ Roach lorgnant vers du Fat Jack période “Propaganda”… au baroque et mouvementé ‘Matters’ droppé par un Awol des plus énergiques… en passant par le presque new wave ‘Fatalove’, le résultat est à la hauteur de nos attentes. Sur le mélancolique ‘Fears’, Awol chuchote et chante. Sur le possecut hilarant et très 80’s ‘Gagbuster’ Awol s’énerve et se mue en tueurs de wack emcees. Sur le boom-bap ‘Make’, servi par Evidence, Awol s’en sort avec les honneurs et ressort de son chapeau un des adages dont il a le secret : “We make money, money doesn’t make us”. Juste efficace.
Sur les 16 titres que comporte ce “Self Titled”, Awol survole, flotte, transcende les productions qui lui sont offertes et offre, à coup sûr, un de ses albums les plus aboutis. La recette n’a pas vraiment changé avrai dire, la prestation d’Awol sonne comme un freestyle permanent. Enchaînant passages fredonnés/chuchotés et sessions de rap laid back, avec son charisme et son flegme caractéristiques, pondant punchlines sur punchlines et affichant une adaptabilité à toute épreuve, le mc le plus fécond des Shapeshifters est fidèle à lui-même. Si le neuvième long format solo du bonhomme semble se démarquer de la plupart de ses précédentes prestations sur disque, c’est certainement dû à une densité rarement constatée jusque-là, une absence de morceaux dispensables (même le beat du Dilated Peoples Evidence passe comme une lettre à la poste, c’est dire) et de temps mort (les 16 plages sont rappées) et un choix on ne peut plus judicieux d’invités. Les incontournables 2mex et Circus enflamment un ‘SOTF’ qu’on croirait tout droit sorti d’un album collectif des Shifterz (la nappe atmosphérique dressée par Transducer, les cuts/missiles de DJ Bamz, l’atmosphère SF…) ; Lewdy, Radio et Busdriver (peut être les trois meilleurs emcees de toute la côte ouest) prêtent main forte aux trois larrons pour un final époustouflant ; et les travaux des beatmakers conviés à la fête (Transducer et l’ubiquiste Omid en tête) se fondent idéalement dans le décor et explorent toutes les facettes de l’initiateur du projet. Avec cet opus éponyme, Awol One réussit ce que son compère 2mex n’a pas su faire, fournir un premier album distribué décemment à la hauteur de son talent. Procurez-vous le.
Tracklist
01. Make 02. Believe 03. Time 04. Slide 05. SOTF (feat : Circus & 2mex, percussionniste : Andre Afram Asmar) 06. Antisocial 07. Matters (feat : Circus) 08. Grow (feat : Abstract Rude) 09. Memowrecks 10. Fears (vois additionnels : Die) 11. Fatalove 12. Realeyes 13. On 14. Push 15. Take 16. Gagbuster (feat :Dr Lewdachris, 2mex, Radioinactive, Busdriver, Circus)
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